Mouvement mondial pour les forêts tropicales

Ghana : ancienne tradition de gestion communautaire des forêts

Même si le Ghana est un pays ayant un taux de déforestation annuel de 1,71%, qui a perdu un tiers de ses forêts en 17 ans (1995-1972), des traditions anciennes subsistent encore dans le pays, capables de réussir un modèle cohérent de conservation des forêts.

Pourtant, le gouvernement, voulant aborder la perte de biodiversité, a adopté une approche réductionniste en établissant des zones protégées aux dépens des populations locales. L’expérience montre que cette démarche ne permet pas d’atteindre les objectifs souhaités.

La solution réside précisément dans ces anciens systèmes, lesquels, il n’y a pas très longtemps, s’avéraient encore extrêmement efficaces. Longtemps avant la création des organismes officiels chargés de mener à bien la gestion durable et la conservation des forêts, il existait déjà des systèmes traditionnels de gestion communautaires des ressources. Une caractéristique marquante de ces systèmes est que les autorités traditionnelles réservent des parcelles de forêt à l’usage durable des ressources et à la préservation de la biodiversité vitale. Ces aires réservées se voient attribuer différents noms en fonction des différentes cultures; elles sont souvent connues sous le nom de bosquet sacré, bosquet de culte, forêts locales ou forêts communautaires. Certaines de ces parcelles sont consacrées aux cimetières des chefs ou aux divinités locales. Mais dans la plupart des cas elles sont destinées à la protection des vallées, écosystèmes fragiles, et à la conservation des plantes et des animaux, si importants pour les communautés locales.

Les autorités traditionnelles sont habituellement les titulaires des droits sur ces zones réservées et elles y exercent les fonctions d’administration générale. Mais la gestion, la défense, la préservation de ces territoires échoient sur toute la communauté.

Les sociétés ont institué des contrôles et des sanctions en vue de protéger ces territoires, qui se maintiennent intacts là où la culture et les religions traditionnelles gardent toute leur force. Dans ces réserves, les forêts communautaires ou bosquets sacrés abritent aujourd’hui une diversité d’animaux et de plantes beaucoup plus large que celle des aires environnantes, et elles fournissent des produits et des services de vitale importance, notamment, des matériaux de construction, des produits en bois et du bois de chauffage, des fruits et des noix, du gibier, des escargots, des champignons et, surtout, des plantes utilisées dans les médecines traditionnelles. La récolte est strictement sélective et se fait sous contrôle, uniquement pendant certaines périodes, en vue de bénéficier et de satisfaire à toute la communauté.

De son côté, la communauté respecte les normes et les réglementations traditionnelles régissant la gestion de ces forêts, ainsi que les normes et croyances locales régissant les bosquets sacrés ou de culte, qui interdisent la récolte de produits de la forêt. L’accès est uniquement autorisé pendant certaines périodes, lors de la réalisation de différents rituels. Selon les croyances, dans la plupart de ces bosquets habite le «dieu de la terre» ou bien des êtres spirituels promouvant la paix et la prospérité; ils contrôlent également les comportements antisociaux. C’est grâce à tout ceci que subsistent encore des parcelles de forêt originelle, même dans des zones ayant une forte densité de population.

Mais la modernisation, l’urbanisation, la diffusion du christianisme et de l’islam, ont fragilisé les cultures et les religions traditionnelles vénérées par le passé, modifiant ainsi les systèmes de croyances de la plupart des communautés. De nombreux bosquets sacrés sont en train d’être envahis et détruits, privant les communautés locales de leurs moyens de subsistance puisqu’elles sont tributaires des ressources des forêts pour survivre.

Au Ghana, les bosquets sacrés et communautaires qui ont grandement contribué à la conservation de la biodiversité sont aujourd’hui gravement menacés. On les trouvait, par le passé, distribués sur toutes les zones de végétation du pays, et leur présence assurait la protection des espèces endémiques dont l’existence se limitait à ces régions-là et encourant donc le risque d’extinction. Les réserves qui subsistent encore comprennent, parmi d’autres, le sanctuaire des singes Buabeng-Fiema, la forêt communautaire Aketenchie et la forêt communautaire Akyem Takyiman. Le sanctuaire des singes Buabeng-Fiema est une forêt ghanéenne dont l’importance est mondialement reconnue, car elle abrite l’espèce Mona, et d’autres espèces animales et végétales, toutes menacées d’extinction. Elle est devenue également un site d’attraction touristique, source de revenus pour les communautés locales et pour la nation.

Article basé sur des informations reccueillies sur: “The timeless eco-logic of community forest management”, Abraham Baffoe, FOE Ghana, Link No.100 (Amis de la Terre International), http://www.foei.org/publications/link/100/1213.html