Mouvement mondial pour les forêts tropicales

Le MDP ne diminue pas les émissions ; laisser les combustibles fossiles dans le sous-sol, oui

Le mois dernier, j’étais à Bangkok pour une réunion sur les marchés du carbone dans le Sud-Est de l’Asie. L’ironie de la chose est que nous étions en train de discuter d’une fausse solution du changement climatique, pendant que de vastes régions de la Thaïlande étaient sous l’eau et que l’inondation menaçait la capitale du pays. (Bien que nous ne puissions pas dire que cette inondation en particulier fût causée par le changement climatique http://thinkprogress.org/romm/2010/06/14/206133/ncar-trenberth-global-warming-extreme-weather-rain-deluge/, nous pouvons affirmer que les phénomènes de ce genre deviendront plus fréquents si la planète continue de se réchauffer).

La réunion de Bangkok était organisée par CDM-Watch  et par Focus on the Global South  ; les participants venaient d’Indonésie, de Malaisie, des Philippines, de Thaïlande, du Vietnam, de Birmanie et du Cambodge. Deux problèmes distincts y ont été identifiés :

1. Du fait que le MDP est un mécanisme d’échange, il ne réduit pas les émissions de carbone.

2. Plusieurs projets MDP sont destructeurs et ils ont de graves effets sur les communautés locales et sur l’environnement.

« Le MDP n’a pas été conçu pour réduire les émissions », a dit Jacques-Chai Chomthongdi, de Focus on the Global South. « Pis encore, aucune mesure n’a été prévue pour éviter ses effets négatifs sur la société et l’environnement ».

Plusieurs années durant, International Rivers a suivi les projets hydroélectriques du MDP et constaté qu’ils n’étaient pas « additionnels », parce qu’ils auraient été exécutés de toute façon, même sans l’aide du MDP. Pendant la réunion à Bangkok, Carl Middleton, de l’université de Chulalongkorn, a parlé du barrage de Kamchay en Cambodge, qui est en cours de validation en tant que projet MDP. En 2006, le projet a obtenu le financement de la banque China Exim, et la construction du barrage devrait finir cette année. « Il est impossible d’imaginer que ce projet soit additionnel », a commenté Middleton. Le barrage va inonder 2 000 hectares, qui comprennent une partie du parc national de Bokor. « Aucune communication n’a mentionné l’intention de résoudre les graves conséquences écologiques qu’il aura », a-t-il ajouté.

International Rivers a créé une base de données où figurent tous les projets hydroélectriques qui passent par le MDP. À la date du 29 octobre 2011, 1 975 projets de ce genre, d’une capacité de production de 86 439 MW, avaient demandé des crédits MDP ; plus de deux tiers sont en Chine.

La chercheuse Nichakan Yuenyao appartient à une communauté de la province thaïlandaise de Surin, où un projet de production d’énergie à partir de biomasse a été mis en œuvre. Elle a parlé des impacts que la communauté est en train de subir à cause de ce prétendu « projet de développement propre ». Elle a expliqué que la pollution de l’air était un problème, et qu’elle avait provoqué des maladies des poumons et des affections de la peau. Un villageois lui a dit qu’il devait laisser les portes et les fenêtres fermées toute la journée, pour éviter l’entrée de la poussière. Le bruit aussi est un problème et, après quatre années de fonctionnement, la centrale a détérioré les réserves d’eau du village.

Un autre intervenant, Patrick Bürgi, est co-fondateur de la société South Pole Carbon Asset Management qui se charge du commerce de crédits d’émission. « Certains impacts environnementaux seraient faciles à éviter, par exemple en installant des filets anti-poussière ou un système d’arrosage », a-t-il dit. « Le problème c’est qu’il n’y a aucun mécanisme qui oblige à le faire. » Un aveu remarquable de la part d’un promoteur de projets MDP.

Pendant son exposé, Bürgi a expliqué que « le MDP sert à transférer de l’argent du monde développé au monde en développement, pour financer des projets qui contribueront à atténuer le changement climatique ». Ceci n’étant pas vrai, j’ai demandé à Bürgi de confirmer que le MDP ne réduit pas vraiment les émissions, parce que c’est un mécanisme de commercialisation des émissions : tandis qu’on réduit les émissions à un endroit, la vente de crédits d’émissions permet de continuer à polluer à un autre endroit. Le MDP est « au mieux, un jeu à somme nulle », comme l’a dit en 2009 Lex de Jonge, à l’époque président du conseil de direction du MDP.

Parmi les intervenants figuraient aussi Bo Riisgaard Pedersen, du ministère du Climat et de l’Énergie du Danemark, et Sudeep Kodialbail de la SGS, une société de validation de projets MDP. Ils ont hoché la tête quand j’ai posé ma question, mais ils se sont montrés plutôt réticents quant à dire explicitement que le MDP ne réduit pas les émissions. Kodialbail a fini par reconnaître (tant bien que mal) que j’avais raison, en disant : « Si vous regardez le site web de la CCNUCC, vous trouverez quelque chose de très intéressant, ils n’utilisent pas le mot réduire, ils emploient le mot stabiliser ».

En entendant cela, je me suis levé d’un bond et j’ai crié : « Il ne réduit pas les émissions. Pouvons-nous l’écrire en gros caractères ? Le MDP ne réduit pas les émissions. C’est vrai. Le MDP ne réduit pas les émissions. Nous sommes tous d’accord ? »

Nous étions tous d’accord. « Vous avez raison de dire que le MDP n’aboutit pas par lui-même à une réduction nette des émissions », a répondu Bürgi.

À mon avis, la réunion a atteint son point culminant vers la fin, lorsque Jerome Whitington, de l’Université nationale de Singapour, a parlé d’un projet sur lequel travaillent lui et ses collègues, et qui consiste à fixer un plafond strict à l’extraction de combustibles fossiles . Autrement dit, il s’agit d’un plan de suppression progressive de l’extraction de charbon, de pétrole et de gaz.

En 2007, avant la conférence de l’ONU sur le climat à Bali, le journaliste George Monbiot avait fait une suggestion semblable  et il avait signalé : « Les pourparlers à Bali n’auront aucun sens à moins qu’ils aboutissent à un programme pour laisser les combustibles fossiles sous terre ». Quatre années plus tard, après que les émissions de gaz à effet de serre ont atteint un volume record l’année dernière , il serait grand temps de prendre au sérieux cette solution si simple pour éviter un changement climatique incontrôlable.

Chris Lang, http://chrislang.org