Mouvement mondial pour les forêts tropicales

Les impacts de l’industrie minière sur les femmes

Alors que l’exploitation minière a des impacts négatifs sur tous ceux qui habitent des communautés minières en général et ceux qui sont concernés par l’opération des mines, des impacts et des contraintes distincts s’ajoutent dans le cas des femmes.

Les impacts différenciés peuvent être mieux compris dans des situations concrètes, telles que celles auxquelles se voient confrontées les femmes Dayak en Indonésie, et qui découlent d’une mine appartenant à la société PT-IMK.

“Mme Satar avait un champ de 10 à 15 hectares dans les terres communautaires traditionnelles. Elle pouvait y récolter suffisamment de produits pour une année, et parfois plus. Avec l’introduction de la mine dans la communauté, elle a tout perdu aux mains de la société minière, à l’exception d’un hectare. Depuis, elle a dû acheter environ 3 sacs de riz par mois, à un coût de 39 000 Rp le sac (prix de janvier 1998). En outre, les opérations de la compagnie minière ont pollué la rivière, qui n’a plus été apte à l’utilisation domestique, et n’a plus produit de poisson. Auparavant, Mme Satar faisait cuire chaque jour du poisson frais pour sa famille. Maintenant, à cause de la pollution, elle doit acheter du poisson salé. S’il y a suffisamment d’argent, elle achète 2 kilos de poisson salé par mois, à 15 000 Rp le kilo. Pour se procurer de l’eau pour le bain et pour la consommation, elle doit marcher longtemps jusqu’à une source qui n’est pas contaminée par les déchets de la compagnie. Ses moyens de subsistance ont été encore plus atteints par la perte de ses deux buffles d’eau, trouvés mort au bord du fleuve contaminé.”

Il est nécessaire de comprendre également que les compagnies négocient en général avec les hommes seulement, et que les femmes sont d’ailleurs exclues du paiement de primes et de compensations. Elles n’ont pratiquement pas de contrôle sur les bénéfices découlant de l’activité minière, et aucun moyen d’y accéder, en particulier lorsqu’il s’agit de l’emploi et de l’argent. Ainsi, les femmes sont privées de leurs moyens d’occupation traditionnels et deviennent plus dépendantes des hommes, qui ont davantage de possibilités d’accéder à ces bénéfices et de les contrôler.

Les exploitations minières de grandes dimensions entraînent le remplacement des économies de subsistance, qui ont nourri des générations de communautés et de peuples autochtones, par une économie basée sur l’argent. La nouvelle économie de marché implique une détérioration significative ou même la destruction des valeurs et des coutumes traditionnelles, qui ont été fondamentales pour le maintien de la solidarité et de l’unité communautaire, tribale, clanique et familiale. Dans ce processus, les femmes deviennent marginalisées par le fait que leurs rôles traditionnels de pourvoyeuses d’aliments, d’eau, de soins et de nourriture en général sont complètement bouleversés. La visibilité économique dépend de la possibilité de travailler dans le domaine public, et le travail non payé effectué à la maison ou dans la communauté les situe comme “improductives, inoccupées et économiquement inactives”.

Tandis que, par le passé, autant les hommes que les femmes se chargeaient des activités agricoles, à présent les hommes doivent sortir pour gagner un salaire, ce qui augmente le fardeau et les responsabilités des femmes, et provoque davantage de stress et de tensions. De surcroît, la destruction environnementale causée par les grandes mines a diminué la productivité des champs et empoisonné les aliments sauvages, la vie marine et les animaux. Beaucoup de femmes se voient poussées dans l’économie informelle pour y trouver des sources de revenus complémentaires.

Alors que les grandes exploitations minières offrent des possibilités limitées au travail féminin, par contre les mines à petite échelle absorbent des femmes comme main d’œuvre salariée ou sous contrat, mais dans des conditions de forte exploitation. En Inde, par exemple, les salaires des femmes sont toujours plus bas que ceux des hommes, les normes de sécurité n’existent pas, les vacances payées ne sont même pas permises pendant la grossesse ou l’accouchement, l’équipement de travail n’est pas fourni, et il n’y a pas de toilettes à disposition. Les femmes sans travail qui vivent dans les communautés minières se débrouillent pour vivre en fouillant dans les décharges et les déchets des mines, souvent illégalement, et subissent les poursuites permanentes des gardes de la compagnie, de la Mafia locale et de la police. Elles sont exposées à l’exploitation physique et sexuelle par les propriétaires des mines, les sous-traitants et les mineurs, et sont à la merci des marchands locaux lorsqu’elles vendent leur minerai. D’autre part, les femmes travaillent avec des substances toxiques et dangereuses, et subissent de nombreuses maladies professionnelles telles que des troubles respiratoires et reproductifs, la silicose, la tuberculose, la leucémie et l’arthrite.

L’alcoolisme, la toxicomanie, la prostitution, les jeux de hasard, l’inceste et l’infidélité sont en train d’augmenter dans de nombreuses communautés minières. Ceci a aggravé les cas de violence domestique contre les femmes, et la discrimination active et même brutale sur les lieux de travail, souvent admise ou ignorée par les institutions judiciaires et politiques. Les organisations de travailleurs conduites par des hommes ne soulèvent pas des cas de violations de droits humains contre les femmes. Les discussions entre ces organisations et les compagnies minières sont orientées vers des aspects économiques, tels que des augmentations de salaires, des subsides et ainsi de suite.

En somme, l’exploitation minière, quelles que soient ses dimensions, provoque un nombre considérable d’impacts spécifiques sur les femmes, qui se retrouvent perdantes dans presque tous les domaines concernant cette activité. La richesse générée par les mines pousse les femmes à la pauvreté, la dépossession et l’exclusion sociale.

Article basé sur des informations obtenues dans: “The globalisation of mining and its impact and challenges for women”, Victoria Tauli-Corpuz, Tebtebba Foundation (Indigenous Peoples’ International Center for Policy Research and Education), http://www.twnside.org.sg/title/chal-cn.htm ; “Women’s rights undermined”, Ingrid Macdonald; “The Polarisation of the People and the State in the Interests of the Political Economy and Women’s Struggle to Defend their Existence, a critique of mining policy in Indonesia”, Meentje Simatauw; “Labour, love and loss: Mining and the displacement of women’s labour”, Kathryn Robinson; Tunnel Vision: Women, Mining and Communities, Forum Report, novembre 2002, http://www.caa.org.au/campaigns/mining/tunnelvisionpapers/index.html