Mouvement mondial pour les forêts tropicales

Les mines: plutôt qu’un bienfait, une malédiction

L’évidence est aujourd’hui irréfutable que l’industrie minière diminue sévèrement la capacité d’un pays à maintenir la croissance économique (même dans les limites étroites des définitions auxquelles adhèrent les Etats nationaux). Pour ceux qui pensent que les “richesses” contenues dans le sous-sol se transforment infailliblement en argent dans la banque, une telle découverte est “surprenante”. Mais pour ceux qui adoptent une analyse anticolonialiste de l’accumulation de capital, la raison fondamentale d’un tel désaccord n’est pas difficile à découvrir. Le Zaïre, la Bolivie et la Sierra Léone ne sont pas tout simplement des pays “pauvres”: ils ont été impitoyablement appauvris pendant des centaines d’années. Une grande partie de la “dette extérieure” fracassante que traînent les pays “les plus pauvres” du monde consiste dans les intérêts d’un capital qui jamais n’a jamais été investi dans l’auto-développement de ces peuples. A la place, il a été utilisé à construire des mines, des barrages, des usines électriques et manufacturières, pour transformer un capital “naturel” – non seulement du fer, du cuivre, de la bauxite ou des diamants, mais aussi l’eau, la terre et l’air – en valeurs exportables.

Les peuples ont extrait les minéraux de la terre depuis des époques très reculées. Les Babyloniens, les Assyriens et les Byzantins avaient des mines de cuivre et de plomb il y a des milliers d’années, dans ce qui est aujourd’hui le Sud de la Jordanie, par exemple. Mais depuis la révolution industrielle, les minéraux ont été extraits et utilisés en des quantités beaucoup plus grandes. A des époques récentes, cette tendance s’est accélérée de manière remarquable: en 1999, près de 9,6 milliards de tonnes de minéraux commerciaux ont été tirés du sol, presque deux fois plus qu’en 1970. Ce chiffre concerne les minéraux qui arrivent sur le marché, mais n’inclut pas les déchets générés pour leur production, la partie non utilisée du minerai, ou la terre déplacée pour l’atteindre. Si l’on incluait ces catégories dans le total des matériaux extraits chaque année, le chiffre s’en verrait considérablement augmenté.

Les pays industrialisés consomment plus des deux tiers de la production annuelle des neuf minéraux les plus importants. Les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, le Japon et l’Europe occidentale, avec 15 pour cent de la population du monde, consomment dans leur ensemble la plupart des métaux produits par an: environ 61% de tout l’aluminium, 60% du plomb, 59% du cuivre et 49% de l’acier. Les niveaux de consommation sont particulièrement distincts si l’on calcule par tête: le Nord-américain moyen utilise 22 kilogrammes d’aluminium par an, l’Indien moyen 2 kilogrammes, et l’Africain moyen à peine 0,7 kilogrammes.

Cependant, les communautés locales et les peuples tribaux des pays riches en ressources sont les plus affectés par les effets nocifs sur l’environnement, la culture, la société et la santé des activités d’exploration et d’exploitation minière. Poussés par les politiques macro-économiques favorisées par les institutions commerciales et financières internationales, de nombreux pays appauvris s’accrochent à l’industrie minière comme à une activité fondamentale pour la génération des devises étrangères si nécessaires. Parfois, 40% au minimum des exportations se centrent sur un seul produit minéral, comme c’est le cas du cuivre en Zambie, des diamants en Botswana, en République Centrafricaine, en Gambie, au Libéria et en Sierra Léone, de l’aluminium en Guinée et au Surinam, du minerai de fer en Mauritanie. Bien que ces données soient déjà anciennes (1994), elles illustrent une tendance qui se maintient toujours. Douze des vingt-cinq Etats les plus dépendants des minéraux du monde (dont la plupart se concentrent en Afrique sub-saharienne) ont été classés par la Banque mondiale comme des “pays pauvres fortement endettés”, la catégorie qui subit le plus de problèmes.

Le processus imposé de dérégulation et de libéralisation du marché a conduit à des privatisations et des exonérations d’impôts qui ont favorisé les sociétés minières étrangères. D’autre part, suivant un rapport des Nations unies, plus la dépendance des pays du Sud de l’exportation de minéraux sera grande, plus son niveau de vie sera mauvais. Les niveaux élevés de dépendance des minéraux sont en rapport direct avec les taux les plus forts de pauvreté, de malnutrition et de mortalité infantile. Ils sont également associés à l’inégalité des revenus, aux faibles dépenses en soins de santé, au faible taux de scolarisation primaire et secondaire et d’alphabétisation des adultes, et à une plus grande vulnérabilité aux secousses économiques. Des études académiques récentes révèlent que les niveaux de vie dans les pays dépendant des minéraux ont tendance à subir en général des niveaux exceptionnellement élevés de corruption, d’autoritarisme et d’inefficacité gouvernementale, de dépenses militaires et de guerres civiles.

A l’exception du mercure, de l’amiante et du plomb – spécifiquement marqués pour leur toxicité environnementale – la production des principaux métaux a augmenté d’une manière exponentielle qui n’a aucun rapport avec la satisfaction des besoins humains de base, mais beaucoup avec la passion démesurée du lucre des sociétés. Les choses ont beaucoup bougé dans l’industrie minière ces dernières années. Les sociétés minières ont rationalisé leur fonctionnement et se sont embarquées dans des fusions et des acquisitions pour maintenir, consolider, raffermir et élargir la portée mondiale des opérations des transnationales minières. L’investissement s’est de plus en plus concentré dans la recherche de l’or et des diamants, qui sont attrayants par leur rentabilité, plutôt que par leur utilité.

Bien que la scène minière internationale comprenne un nombre relativement grand d’entreprises, quelques-unes seulement – qui d’ailleurs grandissent de plus en plus grâce aux fusions – semblent la dominer. Elles sont pour la plupart originaires d’une poignée de pays, dont les plus importants sont le Canada, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie. Parmi les plus connues figurent Rio Tinto, Barrick Gold Corporation, Freeport MacMoran, BHP-Billiton, Newmont, Placer Dome et bien d’autres. Des exemples des impacts de leurs opérations figurent dans ce même bulletin. Pourtant, d’autres acteurs, plus petits au plan international, peuvent être extrêmement importants au plan local, et de cela aussi il y a des exemples. Mais quelle que soit leur importance mondiale relative, ils ont quelque chose en commun: ils sont tous très rentables, et très nuisibles.

D’autre part, si l’extraction minière est très lucrative pour les compagnies, elle ne l’est pas pour les communautés locales dans les zones qui possèdent des ressources minérales importantes. A mesure que s’épuisent les gisements les plus faciles d’accès, l’avidité à trouver de nouvelles sources bon marché conduit l’industrie à pousser l’exploration plus en avant dans les territoires indigènes. Des communautés qui dépendaient auparavant des ressources naturelles subissent des pertes immédiates par suite des activités minières à grande échelle. Leurs moyens de subsistance sont ravagés, leurs organisations sociales bouleversées et leurs cultures transformées. Les compensations en argent liquide, s’il y en a, ne peuvent pas réparer ces pertes, et le sombre héritage des mines se poursuit même après qu’elles sont abandonnées. Les postes de travail et les moyens de vie perdus dans l’agriculture, la pêche et les mines artisanales dépassent de loin ce que l’industrie minière leur offre. Les résidents des lieux manquent souvent des adresses requises pour pouvoir accéder à autre chose que les tâches les plus mal payées et pour les périodes les plus courtes.

Malgré les promesses du développement minier, en fait ses richesses peuvent même retarder le développement national et local. D’après une étude réalisée en 1999 par Arborvitae (UICN, WWF), les pays du Sud “riches en ressources minérales tendent à avoir des taux de croissance économique plus lents, des niveaux de bien-être social plus bas et une distribution des revenus beaucoup plus asymétrique que les pays en développement non dépendant des minéraux. En réalité, le fait de posséder une base de ressources supérieures a été, pour les économies fondées sur les minéraux, une malédiction plutôt qu’un bienfait”.

Ainsi, la promotion de l’extraction minière à grande échelle se fait forte de politiques, d’institutions et de mentalités qui voient le “développement” comme une initiative de haut en bas, à imposer aux communautés locales et à l’environnement, c’est-à-dire comme l’antithèse d’une approche environnementale appropriée centrée sur la satisfaction des besoins économiques, sociaux et culturels des peuples et des générations futures.

Article basé sur des informations tirées de: Undermining the forests, janvier 2000, FPP, Philippine Indigenous Peoples Links et WRM; The decade of destruction, http://www.minesandcommunities.org/Company/decade.htm ; Scrapping Mining Dependence, State of the World 2003 (W.W. Norton and Company, New York, 2003), Payal Sampat, enviada por la autora ; Extractive Sectors and the Poor, Michael Ross, octobre 2001, Oxfam America, adresse électronique: info@oxfamamerica.org , http://www.oxfamamerica.org/pdfs/eireport.pdf ; Vulnerable single-commodity-dependent economies, http://www.lib.utexas.edu/maps/world_maps/world_vulnerable96.jpg ; Ciudadanía planetaria. Temas y desafíos del periodismo ambiental, 2000, International Federation of Environmental Journalists (IFEJ), adresse électronique: ifej@oln.comlink.apc.org , http://www.ifej.org ; The Mining Curse. The role of mining in “underdeveloping” economies, Minewatch Asia Pacific/Nostromo Briefing Paper, février 1999, http://www.minesandcommunities.org/Country/curse.htm