Mouvement mondial pour les forêts tropicales

Népal: un exemple de gestion communautaire des forêts

Jusqu’à la fin des années 1970, l’approche communautaire de la gestion des forêts au Népal comprenait des relations entre la communauté et les ressources similaires à celles du système indigène d’aménagement des forêts qui prédominait dans les montagnes du Népal.

Au cours des années 80 et au début des années 90, la gestion communautaire des forêts est devenue un programme gouvernemental prioritaire et dans le cadre des nouvelles politiques impliquait une interface entre les communautés, les ressources naturelles et la bureaucratie gouvernementale.

Par la suite, la gestion communautaire des forêts a été comprise et conceptualisée en termes de relations entre les intéressés. Des groupes d’utilisateurs de forêts communautaires sont nés et se sont développés de plus en plus, ainsi que des organismes fournisseurs de services et des organisations ayant des objectifs divers, exerçant entre eux des influences réciproques.

Le cadre légal actuel a donné légitimité au concept de Groupe d’utilisateurs de forêts communautaires en tant qu’institution indépendante, autonome et d’autogestion, responsable de protéger, gérer et utiliser les parcelles de forêt nationale clairement délimitées et dont les membres du groupe d’utilisateurs sont également identifiés avec précision.

Les Groupes d’utilisateurs de forêts communautaires doivent être créés démocratiquement et leurs statuts de constitution en tant que Groupe d’utilisateurs de forêts communautaires doivent être inscrits sur le registre du Bureau forestier du district. Les statuts établissent les droits des utilisateurs par rapport à une forêt déterminée. L’usage de la forêt est octroyé à la communauté après avoir effectué les consultations correspondantes et préparé le Plan opérationnel -un plan de gestion de la forêt- qui doit être soumis à l’approbation d’un fonctionnaire forestier du district.

Aujourd’hui, 12 000 groupes d’utilisateurs de forêts existent au Népal, qui se sont constitués au cours d’une période de 14 ans, et représentent près de 1,2 millions de foyers membres, environ 20% de la population nationale, responsables de la gestion de près de 850 000 hectares de forêts, presque 16% du total des zones boisées du pays.

La gestion communautaire des forêts a contribué à l’amélioration de l’état des forêts, à la réduction du temps consacré à la cueillette des produits de la forêt et à l’augmentation des moyens de subsistance de la communauté. Elle a également favorisé la cohésion sociale, en intégrant ceux qui avaient été précédemment exclus des processus sociaux et politiques importants, et accru les connaissances et les capacités techniques associées à la gestion de la forêt et à l’organisation de celle-ci ainsi que le développement de la communauté à travers les différentes activités de formation, d’ateliers et de travail sur le site, organisées au niveau communautaire, gouvernemental et non gouvernemental. Les Groupes d’utilisateurs des forêts ont ainsi réussi à réunir leur propre capital financier à partir de la vente de produits forestiers, de contributions et de subventions externes. Par ailleurs, de nombreux Groupes d’utilisateurs de forêts ont démarré des programmes de crédit à faibles taux d’intérêt ainsi que des concessions au bénéfice des foyers aux plus faibles revenus.

Mais de nombreux conflits doivent encore être résolus et reflètent souvent le niveau de gestion insuffisant développé par les Groupes d’utilisateurs des forêts. Illustrent cet état des choses: les mesures limitant l’accès aux produits des forêts qui ont forcé les familles à investir des ressources dans la gestion de forêts communales sans aucune sécurité quant aux bénéfices à obtenir; la marginalisation de certains groupes -souvent exclus et dévalorisés- dans un contexte d’acteurs multiples, qui perçoivent qu’ils ne sont pas habilités à prendre des décisions et à agir en fonction de celles-ci. Il est donc nécessaire d’innover encore, de réfléchir et de modifier les processus de gestion communautaire des forêts en fonction des contextes locaux et d’aborder des sujets tels que le genre et l’équité.

Malgré les carences signalées, l’expérience népalaise constitue une source d’inspiration pour ceux qui encourageons la gestion durable des forêts et défendons les droits des utilisateurs, vu que les communautés sont capables de protéger, gérer et utiliser les ressources des forêts d’une façon durable.

Article rédigé d’après les informations recueillies dans: “Contribution of Community Forestry to People’s Livelihoods and Forest Sustainability: Experience from Nepal”, Dr Bharat K. Pokharel, courrier électronique: bkp@mail.com.np , envoyé par l’auteur. Le document est disponible dans son intégralité dans (en anglais): http://www.wrm.org.uy/countries/Asia/Nepal.html