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Vietnam démarre les transplantements pour faire place à l’énorme barrage de Son La

Dans la région montagneuse du nord-ouest du Vietnam, le Comité populaire de Son La a déplacé les 52 premiers habitants d’un total de 91 000 qui seront obligés de quitter leurs foyers pour faire place à l’énorme barrage de Son La. En mars, les autorités ont déplacé huit familles du peuple indigène White Thai vers un nouvel emplacement, à 200 kilomètres de leurs foyers, dans le district de Muong La. Pas moins de 13 groupes indigènes habitent dans les 275 kilomètres carrés qui seront inondés par le réservoir du barrage.

L’Assemblée nationale a donné son accord, en décembre 2002, pour la construction du barrage de 2400 MW de Son La. Ce barrage projeté 200 kilomètres en amont de celui de Hoa Binh déjà existant sur le fleuve Da, serait le barrage le plus grand du Vietnam et exigerait la plus importante expulsion d’habitants de l’histoire du pays.

Le coût du projet est estimé à 2,5 milliards de dollars, et au moins 750 millions desquels le gouvernement vietnamien prétend les obtenir des organismes internationaux. L’entreprise d’électricité de l’Etat Electricity of Vietnam espère que la construction du barrage démarrera en 2005 et qu’il pourra commencer à produire de l’électricité en 2012.

En plus des 3000 hectares de forêts qui seraient inondés par le réservoir, l’impact du barrage serait très fort sur les forêts du nord-est du Vietnam. La plupart des rizières de la province de Lau Chau seraient inondées par le réservoir. Pour fournir des terres pour les cultures et les villages des personnes expulsées de la vallée du fleuve Da, des forêts devront être coupées sur les flancs de coteaux autour du réservoir. La construction du barrage demandera des quantités importantes de bois. Pendant la construction du barrage Hoa Binh, en aval du fleuve, 70% de la production de bois de l’Etat du bassin du fleuve Da a été destinée à la construction du barrage.

Le projet de Son La a été intensément débattu par l’Assemblée nationale du Vietnam. En mai 2000, l’Assemblée nationale a demandé davantage d’informations au sujet des plans de réinstallation de la population. Au cours d’une visite à la province de Lai Chau, le Vice-Premier ministre Nguyen Cong Tan a dit aux autorités provinciales que “les résidents commenceront à être réinstallés afin de finaliser le transplantement vers la fin de l’année 2005”.

En mars 2002, l’Assemblée nationale a reporté jusqu’à la fin de la même année la décision concernant la suite des préparatifs du barrage. Mai Thuc Lan, Vice-Président de l’Assamblée nationale, a déclaré au journal vietnamien Tuoi Tre que: “La préparation du projet hydroélectrique de Son La n’ a pas été dûment faite.”

Le projet de barrage de Son La a été étudié pendant plus de trente ans. Plusieurs sociétés conseil internationales ont bénéficié de contrats d’étude sur le barrage de Son La, notamment, l’Institut de Moscou d’hydroélectricité et de l’industrie, la Société d’électricité et de distribution de l’énergie (Japon), la Société de recherche sur le design et la production (Moscou) et SWECO (Suède).

Malgré le fait que les fonctionnaires de la Banque mondiale affirment que la banque ne financera pas le projet de Son La, l’institution a financé des études concernant le barrage. Un Rapport d’évaluation de la Banque mondiale, d’avril 1995, établit que la banque a financé “des études d’ingénierie pour le projet hydroélectrique de Son La.” Quatre ans plus tard, une étude de la Banque mondiale sur le secteur de l’électricité du Vietnam insistait sur le fait que, d’un point de vue économique, “L’usine hydroélectrique de Son La paraît promissoire.”

En 1999, une joint venture entre la société SWECO et Harza, une société d’ingénierie nord-américaine, a gagné un contrat de 1,3 millions de dollars du gouvernement vietnamien pour la mise à jour des plans de construction du barrage de Son La. Il a été informé que la société Montgomery Watson Harza (nom sous lequel Harza est connue depuis sa fusion en 2001 avec la société d’eau Montgomery Watson) voudrait obtenir le contrat d’administration du projet de construction du barrage. Montgomery Watson Harza fait également partie d’une joint venture avec Electricité de France, qui espère construire le barrage de Nam Theun 2 au Laos.

En 2001, un directeur de Montgomery Watson Harza, probablement frustré par le long processus de prise de décision sur Son La au sein de l’Assemblée nationale, a déclaré à Engineering New Record que Vietnam était “le pire des mondes”. Et il a rajouté: “Ils devront réduire le niveau de centralisation du contrôle.”

Une des préoccupations principales concernant le barrage de Son La est le fait que celui-ci serait construit sur une zone proclive aux tremblements de terre. En février et mars 2001, plusieurs tremblements de terre ont secoué les provinces de Lai Chau et Son La. Il n’y a pas eu de victimes, mais le coût des dommages soufferts par les bâtiments et les routes a été estimé à près de 14 millions de dollars.

Le barrage de Hoa Binh, situé en aval du site où serait construit le barrage de Son La sur le fleuve Da, a été construit avec l’aide financière et l’assistance technique de l’Union soviétique. Les experts soviétiques ont signalé que les grandes inondations pourraient entraîner l’écroulement du barrage de Hoa Binh et ont conseillé la construction d’un deuxième barrage en amont du fleuve.

Les risques sont énormes. Si le barrage de Son La collapsait au cours d’un tremblement de terre, une grande vague inonderait le fleuve Da en aval, mettant en danger d’abord le barrage de Hoa Binh et après Hanoi, située à 300 kilomètres de distance.

Dao Van Hung, Directeur général de Electricity of Vietnam, ne paraît pas inquiet au sujet des risques potentiels inhérents à la construction d’un barrage dans une zone sismique. D’après la radio Voix du Vietnam, le directeur a dit à l’Assemblée nationale, en novembre 2002, que “Actuellement, il y a plus de 300 projets d’énergie hydroélectrique dans le monde dont la hauteur des barrages va de 100 à 350 mètres de hauteur. Le barrage de l’usine hydroélectrique de Son La n’a que 115 mètres de hauteur. En conséquence, je pense que les travailleurs et les scientifiques vietnamiens sont pleinement capables de calculer le volume des matériaux nécessaires à sa construction et la structure adaptée au barrage afin d’assurer les conditions de sécurité maximales.”

Par Chris Lang, courrier électronique: chrislang@t-online.de