Mouvement mondial pour les forêts tropicales

Ouganda : la fondation FACE, le conflit du carbone et la certification du FSC

En 1994, la fondation FACE signa un accord avec les autorités ougandaises pour planter des arbres sur 25 000 hectares à l’intérieur du parc national de Mount Elgon. FACE travaille avec l’autorité ougandaise de la faune (UWA), responsable de la gestion des parcs nationaux du pays.

La fondation FACE (Forests Absorbing Carbon dioxide Emissions) fut établie en 1990 par la direction hollandaise de génération d’électricité, dans le but de planter des arbres qui absorbent et stockent du carbone, censément pour compenser les émissions de gaz à effet de serre d’une nouvelle usine électrique qui allait être construite aux Pays-Bas.

Le projet d’UWA-FACE consistait à planter des arbres sur une bande de trois kilomètres de large, juste à l’intérieur des 211 kilomètres de frontières du parc national de Mount Elgon. Le projet reçut en mars 2002 la certification de bonne gestion du Forest Stewardship Council, après des évaluations conduites en décembre 1999 et en janvier 2002 par SGS Qualifor. D’après le rapport de synthèse de l’évaluation divulgué par SGS, lorsque les évaluateurs se rendirent à Mount Elgon la superficie plantée dépassait les 7 000 hectares.

Fred Kizza, coordinateur du projet de FACE, a dit à Timothy Byakola, membre de l’ONG ougandaise Climate and Development Initiatives, que le projet a amélioré les revenus et le niveau de vie des collectivités des alentours. La SGS en dit autant : « Le projet a apporté un nombre considérable de postes payants et de cours de formation aux communautés voisines de la région, où les sources de travail sont très peu nombreuses ». Pourtant, les fonctionnaires du conseil local ont dit à Byakola que la plupart des postes concernaient la période de plantation et employaient très peu de personnes. Ils ont ajouté que le projet avait enlevé aux communautés le peu qu’elles avaient. Byakola a signalé que les matériels de la forêt nécessaires aux activités culturelles et comme combustible sont difficiles à trouver. Les gens ont cessé de préparer certains aliments, les haricots par exemple, parce qu’ils mettent longtemps à cuire. Les paysans ne peuvent plus faire paître leurs chèvres et leurs vaches dans la forêt. Ainsi, la zone autour de la forêt est soumise au surpâturage et en devient vulnérable à l’érosion.

Lorsque Mount Elgon fut déclaré parc national en 1993, les gens qui habitaient à l’intérieur de ses frontières perdirent tous leurs droits. Le gouvernement les expulsa du parc, « sans l’indemnisation appropriée, ce qui est tout à fait contraire à la constitution de l’Ouganda », a signalé Byakola.

Le rapport de synthèse de SGS reconnaît qu’il y avait eu « des disputes au sujet des limites du parc dans quelques zones ». Néanmoins, d’après les évaluateurs, « les colons qui avaient empiété sur le parc n’avaient jamais eu le droit formel de cultiver ces terres et l’UWA était légalement autorisée à les expulser ».

Les gardes du parc, qui dépendent de l’UWA, reçoivent un entraînement paramilitaire comme préparation à leurs tâches. David Wakikona, membre du parlement pour le comté de Manjiya, dit à New Vision en juin 2004 : « Les frontières ont été fixées unilatéralement, et 10 000 personnes ont été déplacées. Le personnel chargé de la faune est très militarisé ; ils ont déjà tué plus de cinquante personnes. Les gens ont l’impression que le gouvernement s’occupe davantage des animaux que des personnes ».

En juillet 2002, une équipe qui travaillait à la démarcation des limites du parc y trouva deux écoles et trois commerces. James Okonya, qui était à l’époque le chef des gardes de l’UWA, dit au journal ougandais New Vision que ces envahisseurs seraient expulsés.

SGS était d’accord. Dans son rapport synthétique, cette société reconnaît qu’il faudra expulser davantage de personnes pour que le projet UWA-FACE puisse continuer, et ajoute que, « pour que les expulsions se fassent avec succès, il faudra les faire plus rapidement ».

Le même mois où le FSC délivra le certificat correspondant, c’est-à-dire en mars 2002, plusieurs centaines de familles durent camper dans un centre commercial après avoir été expulsées l’UWA de leurs foyers et de leurs terres dans le parc national de Mount Elgon. Elles y avaient vécu pendant plus de 40 ans, mais pour les gardes armés de l’UWA c’étaient des squatteurs et n’avaient aucun droit sur ces terres. Les gardes détruisirent les maisons et les cultures. Les gens expulsés durent se réfugier dans les villages voisins. New Vision rapporta que plusieurs familles vivaient dans les mosquées et dans des caves. L’UWA chassa ainsi du parc national plus de 500 familles, avant de recevoir du ministre du commerce, du tourisme et de l’industrie, Edward Rugumayo, l’ordre d’arrêter les expulsions.

Les Benet (que l’on appelle aussi Ndorobo) sont un peuple autochtone du Mount Elgon. Après avoir été expulsés en 1983 et en 1993, ils décidèrent d’intenter un procès au gouvernement pour revendiquer leurs droits fonciers. En août 2003, l’Uganda Land Alliance engagea des poursuites contre le Procureur Général et l’Autorité ougandaise de la faune au nom des Benet. Ceux-ci accusèrent l’UWA de les harceler continuellement. Pendant ce temps-là, le gouvernement arrêta la fourniture de tous les services scolaires et médicaux dans la zone et interdit aux gens de faire quoi que ce soit avec la terre.

En octobre 2005, le juge J.B. Katutsi résolut que les Benet « sont les habitants autochtones et historiques des zones mentionnées qui ont été déclarées Réserve de faune ou Parc national ». Il ordonna que la zone soit reclassée et qu’on permette aux Benet de vivre dans leurs terres et de continuer à les travailler.

Dans son rapport de synthèse, SGS affirme que « le projet ne fait pas de plantations dans les zones dont les frontières sont en dispute et le projet n’est engagé en aucune controverse significative ». Or, l’UWA fait partie du projet UWA-FACE. Il est tout simplement impossible de séparer la gestion du parc de l’action de planter des arbres autour de ses frontières.

En février 2004, New Vision a rapporté que la police avait détenu 45 personnes « soupçonnées d’avoir pénétré dans le parc national de Mount Elgon et d’avoir détruit 1 700 arbres ». Ces arbres avaient été plantés en 1994, dans le cadre du projet de l’UWA et de la fondation FACE.

Chris Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de