Mouvement mondial pour les forêts tropicales

SFI : un système de certification établi par et pour l’industrie forestière

Le système de certification SFI (Sustainable Forestry Initiative), lancé en 1995 par l’American Forest & Paper Association (AF&PA), l’association la plus puissante du monde en matière de commerce de bois, concerne une étendue de 40 485 830 ha dans les États-Unis et le Canada. En essence, il s’agit d’un système créé par l’industrie forestière pour l’industrie forestière. Les sociétés membres de l’AF&PA, parmi lesquelles figurent les plus grandes entreprises forestières des États-Unis et du Canada et les plus grands distributeurs en gros de produits dérivés du bois, financent le SFI à 82 %.

Avec son modèle forestier qui consiste à « couper un arbre, planter un arbre », le SFI permet à l’industrie forestière de maintenir un approvisionnement continu de fibre de bois, mais ne fait rien pour maintenir les écosystèmes de forêt et va jusqu’à autoriser la transformation des forêts en plantations d’arbres.

Cette réalité est très différente de ce que prévoit l’objectif 4.1.4 de ses normes : « gérer la qualité et la distribution des habitats naturels et contribuer à la conservation de la diversité biologique, par la mise en place et l’application, au niveau des bosquets et du paysage, de mesures destinées à favoriser la diversité des habitats et la conservation de la flore et la faune des forêts ».

Les forêts tempérées du Sud des États-Unis sont parmi les plus biologiquement riches de l’Amérique du Nord. Or, ces forêts sont prises d’assaut par les entreprises membres du SFI. En effet, au cours des dix dernières années, des sociétés telles qu’International Paper (IP) ont accru leur production de papier dans la région, provoquant une accélération de l’abattage et la transformation de forêts indigènes et diverses en plantations d’une seule essence.

Dans le Marais Vert (qui fait partie de l’écorégion de forêt littorale du moyen Atlantique), l’IP a transformé une zone humide naturellement boisée et diverse en une plantation de pins en régime de monoculture. L’aménagement intensif de ces plantations industrielles d’arbres (avec fossés, drainage, défrichage et pulvérisation d’herbicides) a considérablement dégradé l’habitat de nombreuses espèces végétales et animales originaires de la région, telles que la dionée attrape-mouche, la sarracéniale, le pic à tête rouge et le cynolebias du Wacamaw.

D’après les estimations, un demi-million de livres d’herbicides (constitués d’un éventail de 22 marques et mélanges différents) a été pulvérisé sur les plaines littorales de la Caroline du Nord, le Marais Vert compris, rien qu’entre 1997 et 2000. Lorsque les inspecteurs du Service de la qualité de l’eau (en anglais DWQ) sont venus enquêter sur l’utilisation de produits chimiques par l’IP dans le Marais Vert, ils ont conclu que, « sur la base de cette étude sur le terrain, ces herbicides sont utilisés en abondance dans toute la région sans prendre en considération l’existence de canaux ni les zones inondées en permanence. À partir de ces observations sur le terrain, le DWQ est d’avis que ni l’esprit ni la lettre des labels EPA ne sont respectés et que ces herbicides sont appliqués à l’eau de surface ». (13 juillet 2000)

L’ONG nord-américaine Rainforest Action Network dirige en ce moment une forte campagne pour dire « NON » au SFI qui, d’après ce réseau, « a détruit aux États-Unis la plupart des forêts anciennes ; a porté des centaines d’espèces de poissons, d’animaux et de plantes au bord de l’extinction ; a endommagé la qualité de l’eau ; a transformé des forêts indigènes biologiquement diverses en plantations d’arbres en régime de monoculture, et expérimente maintenant sans prudence aucune avec les arbres génétiquement modifiés. En dépit de tout cela, l’industrie forestière prétend que le public achète du bois portant un label qu’elle-même y a apposé. C’est le renard gardant le poulailler. Les exploitants forestiers appellent cela l’Initiative Forestière Durable. Pour nous, il s’agit plutôt de l’Industrie Forestière de Toujours ».

Article fondé sur des informations tirées de : “Footprints in the forest. Current practice and future challenges in forest certification”, FERN, 2004 ; http://www.fern.org/media/documents/document_1890_1900.pdf ; “International Paper In The Southern U.S.”, http://www.dontbuysfi.com/reports/IPSFI.pdf ; “Take Action”, RAN, http://www.dontbuysfi.com/action/.