Mouvement mondial pour les forêts tropicales

Gabon : les communautés disent NON au projet de Grande Mayumba

En novembre 2021, le Collectif des communautés de la Haute-Banio et de la Basse-Banio de la province de Nyanga, au Gabon, a publié la Déclaration de Bana/Mayumba dans laquelle il demande la suspension du GRANDE MAYUMBA (1), un mégaprojet multi-concessions géré par la Grande Mayumba Development Company et se présente comme une « Solution Fondée sur la Nature ». >>> Télécharger la déclaration 

Les communautés ont publié la Déclaration le 5 novembre dernier, à l’occasion de la Journée mondiale d’action pour la justice climatique. À cette époque, les leaders économiques et les gouvernements avaient utilisé la tribune offerte par la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26) à Glasgow, en Écosse, pour faire de grandes annonces sur la nécessité pour les pays du Sud de protéger les forêts pour maintenir leurs capacités de stockage du carbone, par exemple dans la Déclaration de Glasgow sur les forêts et l’utilisation des terres ou la Déclaration commune des donateurs sur les forêts du bassin du Congo (2).

Leur intérêt pour le carbone situé au-dessus du sol et stocké dans les forêts des autres pays contrastait fortement avec leur réticence à poursuivre un plan d’action visant à mettre un terme à la destruction constante des réservoirs de carbone souterrains anciens utilisés pour l’extraction des combustibles fossiles : pétrole, charbon et gaz. C’est cette destruction des réserves souterraines de carbone fossile pour alimenter l’économie capitaliste qui est la principale cause de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère à l’origine du chaos climatique.

Ces déclarations en marge du sommet des Nations Unies sur le climat sont également une préoccupation pour les communautés, car lorsque de tels engagements se concrétisent sur le terrain, ils ont tendance à entraîner une aggravation des difficultés et des violations des droits des communautés sur leurs terres.

Constatant que la zone accordée au projet de Grande Mayumba est immense – près d’un million d’hectares de terres et de zone côtière – la déclaration de Bana/Mayumba souligne les préoccupations des communautés concernant ce projet qui conduit à de nouvelles restrictions sur l’utilisation des terres par les communautés et à une nouvelle aggravation des conflits homme/faune sauvage. Citant les multiples restrictions imposées que les communautés ont vécues à la suite de l’expansion des zones marines et lagunaires protégées dans la province, la déclaration évoque les préoccupations des communautés concernant l’insécurité alimentaire susceptible de résulter du projet. Le manque de clarté autour des activités du projet de Grande Mayumba et l’absence de toute consultation publique sur le projet sont également évoqués dans la déclaration des communautés.

L’extension d’une aire marine protégée à Mayumba a de graves répercussions sur les pêcheurs artisanaux de Mayumba. Ces derniers ont vu leurs moyens de subsistance menacés ces derniers mois, car l’extension de la zone côtière protégée rend leur pêche impossible (et dangereuse, car la plupart des pêcheurs artisanaux sortent dans de petites embarcations, souvent sans moteur hors-bord). Pendant ce temps, on peut voir les flottes de pêche commerciale depuis le rivage, opérant jour et nuit, apparemment sans être dérangées. Les restrictions imposées par l’administration du parc marin sur la pêche artisanale affectent déjà la souveraineté alimentaire dans la ville de Mayumba et au-delà.

La déclaration de Bana/Mayumba se conclut en appelant le gouvernement gabonais à suspendre le projet de Grande Mayumba.

(1) Le projet Grande Mayumba remonte à 2011, lorsque le gouvernement du Gabon et une société alors appelée SFM Africa Ltd.# ont créé la Grande Mayumba Development Company (GMDC) sous la forme d’un partenariat public-privé. Trente-quatre pour cent de la société sont détenus par le gouvernement gabonais, tandis que 66 % sont aux mains de SFM Africa Ltd., aujourd’hui connu sous le nom d’African Conservation Development Group – ACDG. SFM et ACDG ont toutes deux été créées par l’homme d’affaires sud-africain Alan Bernstein.

(2) Voir aussi cet article de REDD Monitor : The Glasgow Declaration on Forests is far from “unprecedented”. It’s just another in a long line of meaningless UN declarations

>>> Télécharger la déclaration  

Déclaration de Bana/Mayumba
« NON au projet la Grande Mayumba »

• Considérant les politiques définis et adoptées par les Etats et les instances internationales en vue de la protection de l’environnement ;
• Considérant la place importante de la foret sur l’atténuation du réchauffement climatique ;
• Considérant l’engagement du Gabon dans la lutte contre les changements climatiques;
• Considérant le rôle de leadership jouer par le Président Ali Bongo Ondimba dans la conservation des forêts;
• Considérant le rôle de porte parole de l’Afrique à la COP 26 joué par le Président de la République gabonaise;
• Considérant la vulnérabilité de la ville de Mayumba face aux changements climatiques
• Considérant l’opacité autour du projet Grande Mayumba ;
• Considérant que le projet Grande Mayumba n’a jamais fait l’objet d’aucune consultation publique ;
• Considérant que le promoteur de ce projet a des comptes dans les paradis fiscaux ;
• Considérant que la superficie accordée à ce projet est énorme et sachant qu’elle va entrainer des nouvelles restrictions aux communautés;
• Vu les multiples restrictions imposées aux communautés suite à la nouvelle création des aires protégées marine et lagunaire;
• Vu l’augmentation des conflits homme/faune ;
• Vu l’insécurité foncière à laquelle les communautés sont confrontées ;
• Considérant le rôle catalyseur indéniable des défenseurs des droits des communautés par les missions de veille pour le changement des mentalités orientés sur la durabilité ;
• Considérant les activités et les actions menées par les femmes sur le plan local pour la préservation de la souveraineté alimentaire ;
• Vu la forte valeur ajoutée apportée par les femmes dans le cadre de l’agriculture familiale;

Conscients de ce que le domaine rural va être fortement impacté et entrainer une forte insécurité alimentaire;
Nous, représentants des communautés du département de la Basse-Banio et de la commune de Mayumba qui œuvrons pour la survie de nos quartiers et villages et luttons contre les inégalités sociales, environnementaux et climatiques signataires de cette déclaration, réunies à la Mairie le 05 novembre 2021,

Recommandons ce qui suit au gouvernement:

1. La suspension du projet Grande Mayumba
2. Abrogation du décret portant création du Parc de l’embouchure de la Banio
3. D’engager des grands travaux de construction des digues pour lutter contre l’avancée du niveau de la mer
4. La mise en place d’un Fond Climatique (FC) pour faire face à la vulnérabilité de la ville de Mayumba aux changements climatiques
5. Une évaluation de la population d’éléphants au Gabon
6. La création d’un Fond Provincial d’Indemnisation des victimes de la faune sauvage.

MAYUMBA, le 05 novembre 2021

>>> Télécharger la déclaration