Movimento Mundial pelas Florestas Tropicais

Cameroun : les plantations de palmier à huile visent les terres communales

Le continent africain est devenu la cible des grandes entreprises et des pays puissants pour satisfaire leurs besoins industriels en tant que fournisseur de matières premières. Cela a provoqué un fort accaparement de terres, auquel s’est ajouté ces dernières années, dans de nombreux pays africains, l’accaparement destiné aux plantations industrielles de palmier à huile.

Or, les plantations industrielles de palmier à huile ne sont pas nouvelles dans certains pays d’Afrique. Le livre électronique du WRM, Le palmier à huile en Afrique : le passé, le présent et l’avenir (http://wrm.org.uy/countries/Africa/Palmier_a_huile_en_Afrique.pdf), donne un aperçu de la manière dont elles ont été encouragées depuis l’époque coloniale :

« Là où il croît naturellement, le palmier à huile apporte depuis des siècles aux populations locales de nombreux avantages : de l’huile de palme, des sauces, du savon, du vin, des engrais (cendres), des toitures (feuilles), des matériaux de construction (troncs), des médicaments (racines). Aujourd’hui encore, tous ces usages traditionnels du palmier à huile représentent une partie importante de la culture africaine dans les pays où croît le palmier.

Quand les puissances européennes envahirent le continent, elles comprirent tout de suite qu’elles pouvaient tirer profit du commerce de noyaux et d’huile de palme, obtenus d’abord dans les palmeraies naturelles, puis dans de grandes plantations, grâce au travail forcé ou en situation d’esclavage et à l’appropriation des terres des communautés.

Le système des plantations dans les terres communales fut renforcé après l’indépendance ; il s’agissait maintenant d’entreprises étatiques accompagnées de grandes usines de traitement industriel.

Les politiques d’ajustement structurel imposées aux gouvernements africains par la Banque mondiale et la SFI dans les années 90 aboutirent à la privatisation de la plupart de ces complexes industriels et à la reprise du contrôle de la production d’huile de palme par des sociétés étrangères.

Tout au long du processus que nous venons de résumer, le système traditionnel, qui consiste à récolter les fruits dans les palmeraies naturelles ou semi-naturelles et à les transformer en huile de palme par des procédés manuels, réussit à coexister avec les différents systèmes centralisés mis en place par les gouvernements et les entreprises.

Depuis quelques années, l’expansion des plantations industrielles a un autre objectif que la production d’huile comestible : celui de produire des agrocombustibles, sous la direction d’un grand nombre de transnationales qui souhaitent investir dans la région. »

Le Cameroun n’a pas échappé au boum des agrocombustibles. Il possède déjà plus de 76 500 hectares de plantations industrielles de palmier à huile, mais le gouvernement prévoit de donner en concession de vastes étendues de terre pour en créer davantage.

Sime Darby, le géant malais du palmier à huile, vise aussi le continent africain pour s’élargir. L’entreprise a déjà reçu en concession 220 000 hectares au Libéria pour une période de 63 ans, et elle négocie maintenant une concession de 300 000 ha au Cameroun.

Au cours d’une interview du magazine The Ecologist, Samuel Nguiffo, du Centre pour l’environnement et le développement (CED) a dit à propos de l’affaire de Sime Darby que « même si seules les forêts dégradées sont concernées, il existe le risque probable que l’on prenne aux communautés locales leurs terres agricoles ». Il a ajouté que « les forêts naturelles dégradées sont situées à proximité des villages ; elles sont considérées comme des terres traditionnelles et comme une ‘réserve’ pour l’expansion future des terres agricoles communales. Cependant, selon la législation de l’État (qui est celle qui prévaut), ce dernier est propriétaire d’une partie du territoire et gardien du reste. L’entreprise malaise [Sime Darby] passera donc un accord avec l’État, et non avec les communautés, mais il prendra ce que les communautés considèrent toujours comme leur terre traditionnelle, d’après leur coutume ».

En outre, la société nord-américaine SG Sustainable Oils (SGSO) prévoit de faire une plantation de palmier à huile de 30 000 hectares dans une zone de la Région Sud-Ouest adjacente au Parc national de Korup et à la Réserve forestière de Rumpi Hills, et une autre, de 40 000 ha, à l’est de la première et adjacente au Parc national Bakossi et à la Réserve de faune de Banyang Mbo.

La SGSO est associée à Herakles Farms (une société nord-américaine filiale de la Herakles Capital Corp) et à Sithe Global (une compagnie nord-américaine qui participe à la construction du barrage de Bujagali en Ouganda et au projet hydroélectrique d’Amaila au Guyana). Sithe Global appartient à 80 % au groupe Blackstone qui est une des principales sociétés d’investissement du monde. Sithe Global a été fondée en 2004par Bruce Wrobel, qui est aussi le fondateur de Herakles Capital Corp. Ces compagnies partagent la même adresse postale new-yorkaise que celle de l’ONG All for Africa, elle aussi fondée par Bruce Wrobel et par d’autres, en partie pour contribuer à soutenir et à financer le développement de Herakles et de Sithe Global dans le secteur du palmier à huile. En collaboration avec ces deux compagnies, All for Africa a lancé une campagne censément destinée à réduire la pauvreté en Afrique grâce à la plantation de palmiers. Ils affirment que ce développement des plantations de palmiers à huile se fera de façon responsable à l’égard de la société et qu’il sera en plus respectueux de l’environnement.

Le WRM a contacté un groupe de chercheurs nord-américains qui travaillent au Cameroun avec quelques organisations locales que ce projet inquiète profondément. Les chercheurs ont envoyé une lettre à All for Africa et à Sithe Global, leur recommandant vivement de fournir des informations complètes sur le projet qui risque d’avoir des conséquences terribles pour l’environnement et la société. Parmi d’autres questions, la lettre mentionne les problèmes suivants :

« La plantation de palmier à huile bouleversera la situation économique et sociale de plus de 30 villages (plus de 3 000 personnes). Leur culture et leur mode de vie sont étroitement liés aux forêts qui fournissent à ces villages de l’eau propre, des aliments et d’importantes sources de revenus. La plupart des villageois dépendent fortement de l’agriculture pour nourrir leurs familles et gagner de l’argent. On ne sait pas comment ils seront indemnisés pour la perte de leur forêt et de leurs fermes. Certains documents suggèrent que les villages seront réinstallés, ou bien autorisés à rester sur place mais entourés de palmiers à huile.

À ce jour, la SGSO a fonctionné sans scrupules. Les habitants de plusieurs villages ont découvert des équipes de la SGSO qui démarquaient des terres, délimitaient des sections et plantaient des poteaux sans autorisation. Des lettres de plaintes concernant la SGSO ont été adressées aux représentants du gouvernement ; elles décrivaient les réunions informelles que la SGSO avait eues avec les élites villageoises et tribales, où ces dernières avaient donné leur soutien à l’initiative sans avoir consulté la population.

En fait, la démarcation originelle de la plantation empiétait sur les titres et les droits existants concernant la forêt, dont 2 500 ha de forêt communale, 5 415 ha de forêt municipale, 132 ha du Parc national Bakossi, et 6 000 ha dans la zone-tampon du Parc national Korup. Il a fallu que de nombreuses personnes et organisations portent plainte pour que les limites prévues soient changées. »

Des chercheurs des États-Unis qui travaillent au Cameroun nous ont informés que, quelques semaines plus tôt, les jeunes d’un des villages qui seront directement touchés par la plantation de palmier à huile avaient menacé un bulldozer de la SGSO quand il était entré dans le village pour y établir une pépinière de palmiers à huile. La majorité du village s’oppose à l’initiative parce qu’elle leur ferait perdre leurs forêts et les obligerait, soit à se retrouver entourés de palmiers à huile, soit à se réinstaller ailleurs. Le chef du village a été contacté par des représentants de la SGSO ; il a accepté de céder des terres communales pour que la plantation puisse se faire, mais il l’a fait sans le consentement des habitants. À présent, il y a énormément de conflits internes dans ce village, et la même chose risque d’arriver dans tous les villages concernés par la plantation.

En plus des implications sociales de cette plantation de palmier à huile, les chercheurs signalent que la plupart de l’étendue proche du Parc national Korup où la plantation est proposée est une forêt dense, mûre, à la canopée élevée, et que le reste est une mosaïque de forêts, agro-forêts, terres agricoles et établissements humains. Des études sur la forêt et sur la chasse ont montré que cette zone est habitée par des chimpanzés et des mandrills en danger et qu’elle hébergerait aussi d’autres espèces animales menacées. Elle serait en outre une route de migration importante pour l’éléphant des forêts, qui fréquente le parc Korup et la réserve de Rumpi Hills. La plantation de palmier à huile éliminera un habitat important d’espèces menacées et, en plus, elle isolera ces espèces à l’intérieur de zones protégées. De ce fait, ces zones attireront davantage de chasseurs de viande de brousse, et les conservateurs seront mal équipés pour y porter remède.

De façon générale, les chercheurs nord-américains affirment que « si ce projet de plantation se poursuit, il risque d’avoir des conséquences négatives considérables et de longue durée pour la culture, la société et l’économie des villageois concernés qui, à l’heure actuelle, sont harcelés pour qu’ils vendent leurs forêts. En outre, les forêts du Sud-Ouest du Cameroun représentent un bastion pour de nombreuses espèces endémiques et menacées. Cette plantation de palmier à huile détruira des écosystèmes et des habitats indispensables à ces espèces et sera catastrophique pour la faune des zones protégées voisines ».

Article fondé sur des informations tirées de la publication du WRM « Le palmier à huile en Afrique : le passé, le présent et le futur », et du magazine The Ecologist, http://www.theecologist.org/News/news_analysis/823928/palm_oil_giants_target_africa_in
_land_grab_following_indonesia_deforestation_ban.html.

1 comentário

  1. nous voulons une réglementation équitable pour que chaque composante de ces villages impliquées dans ce projet de plantations de palmiers à huile puisse avoir des indemnités suffisantes;si non il faut que ces multinationales cessent de nous voler nos terres pourtant fertiles et sources de revenus